Avignon, 23 juillet 2007, Cour d'honneur Les habitués le savent et le novice l'apprend aux dépens de sa chemise prêtée, lorsqu'il pleut à Avignon en juillet, c'est lors d'une représentation dans la Cour d'honneur.
21h30, on s'apprête à regarder quatre heures de Shakespeare à la sauce Sivadier (qui avait déjà présenté à Avignon "La mort de Danton" en 2005) et on sait qu'on subira les sièges en plastique jusqu'à trois du parce que sitôt le public installé, un mois de précipitations provençales s'abattent pendant une heure sur le Palais des Papes. Le journaliste branché et la cousine de la conseillère régionale ont cela en commun qu'ils n'ont pas payé et qu'ils ont l'air aussi con l'un que l'autre à attendre d'être parfaitement trempés. Celle-ci se distingue pourtant -charme de l'expérience- en précisant que la dernière fois qu'elle était venue pour voir un spectacle dans la Cour d'honneur, "putain, il avait tellement plu que l'acteur, il avait une toute petite zigounette!"
Qu'elle se rassure, il n'y aura qu'une seule quéquette, ce soir. Cela est déjà remarquable dans le lieu ou Jan Fabre avait achevé, il y a deux ans, d'instaurer la tradition en offrant à un public de notable, institutrices en retraites, professionnels et voyeurs (cumul possible), des branlettes live chaque soir.
Si vous êtes institutrice à la retraite, sautez ce paragraphe : le Roi Lear est une pièce dans laquelle William Shakespeare explore les thèmes du pouvoir, du désir et de la folie autour de trois images que revêt Lear (interprété ici par Nicolas Bouchaud) : roi, père et fou.
Jean-François Sivadier y est allé molo sur la toujours incontournable participation du public, ce dont on ne peut que se réjouir. D'autant que son énergie méritait d'être concentrée, comme il l'a fait, sur son questionnement de la tragédie Shakespearienne, à savoir une revisite tragi-comique avec causticité, anachronismes et vrais morceaux de bonne connerie à dynamiter un abonné à Garnier.
De quoi me l'énerver, l'institutrice en retraite. Elle s'est quand même calmée puisque tout le monde meurt heureusement au finale.
Le Roi Lear
Mise en scène : Jean-François Sivadier
d'après William Shakespeare
Du 21 au 27 juillet à Avignon
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