17 octobre 2007
Revue de presse :: Mal aimer tue
A l'heure où croupissent encore aux alentours des abri-bus de Gare de l'Est des voyageurs plus fatalistes et résignés et moins impatients que ma petite personne à attendre un bus de nuit comme d'autres attendaient Godot, me brûle les index de vous narrer une trouvaille dans le "Libé" de la veille, feuilleté avec lassitude sur la banquette arrière d'un indigent taxi même pas de marque allemande (la voiture) et assez cuistre (le chauffeur) pour tenter de me faire avaler que Magenta - Nation, par Hôtel de Ville, c'est mieux pour autre chose que son portefeuille d'escroc plein d'une roublardise que n'oserait emprunter le plus grossier des vendeurs de meubles de la banlieue pavillonnaire grenobloise et boursouflé de la suffisance du con obstiné dans les plus insondables profondeurs de sa navrante et hasardeuse malhonnêteté.
A 4 heures vingt de ce matin, donc, une information retient toute mon attention. Je vous la livre telle que je l'ai trouvée, comme on le fait pour les toilettes du pallier du 5°.
"Les couples mal assortis se font du mal. Et c'est le coeur qui souffre le plus, d'après une étude britannique menée pendant 12 ans auprès de 9011 fonctionnaires."
Ca commence comme ça. Intriguant, n'est-ce pas? Vous noterez déjà l'incongruité de s'intéresser à la vie sentimentale de tout un tas de fonctionnaires rouquins pendant une douzaine d'année. "9011" c'est pour être sûr qu'on aura toujours des chiffres après la virgule, ce qui est gage de sérieux pour le lecteur intéressé par l'enquête - et a fortiori pour le financier de celle-ci. Poursuivons notre lecture.
"De mauvaises relations conjugales engendrent du mauvais stress qui accélère le rythme cardiaque. Résultat : les mal-mariés auraient 34% de risques supplémentaires de faire un infarctus que ceux qui sont heureux en couple."
Et de conclure : "Divorcer pour éviter le pacemaker, ça c'est de la prévention."
Je vous imagine, cher lecteur, extatique ou hilare à la contemplation du sérieux et de l'utilité d'une telle enquète.
Nonobstant, et par égard pour nos amis chercheurs d'outre shuttle, il me vient à l'idée de considérer la nouvelle dans notre actualité.
Comme tous les jours depuis une bonne semaine, Cécilia Sarkozy (voir posts précédents) devrait annoncer tout à l'heure - peut-être déjà lorsque vous serez levé - sa démission du poste de première dame de France grunge.
Rumeurs et informations de l'actualité de ces deux dernières années nous laisse à penser que peut-être le couple présidentiel - enfin, le Président et sa femme - ferait aussi bien, eût seulement égard à la délicatesse de la continuité de l'Etat lorsque sa tête est menacé d'une crise cardiaque (notez que c'est assez incongru), de s'en tenir là et se quitter bons copains. Même si le Président croit plus aux vertus de la répression qu'à celles de la "prévention".
Non, monsieur, passer devant l'Hôtel de Ville n'est pas du tout la garantie d'un parcours plus apaisant.
04:25 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Mathieu Sicard, Revue de presse, Chronique, taxi, Libération, infarctus, couple
16 octobre 2007
Revue de presse :: Le nouveau "Libé"
Depuis hier, je reçois un nouveau journal dans ma boîte à lettres, "Libé" 4° ou 5° ou 6° du nom, je ne sais plus. Je sais qu'il y a eu "Libé" tout court, au début, propulsé par des intellectuels de gauches dans les années 60. C'était alors le journal d'une certaine insoumission au pouvoir gaullien, un journal d'une génération qui se rêvait un avenir meilleur. Je sais que "Libé 2" s'en est affranchi et que "Libé 3" était le fantasme de son directeur de la rédaction ex-marxiste néo-réac qui voulait un journal encyclopédique de 80 pages et qui obtint un bide. Non seulement le prix du papier vouait le projet à l'échec en quelques années mais pis, les lecteurs s'étaient barrés.
Pourtant, le volume du lectorat du début des années 90 fait aujourd'hui rougir tous les quotidiens. La presse gratuite, le web, leurs ergonomies attractives et leur gratuité bien sûr ont mis à mal des institutions qui se préoccupent aujourd'hui de survivre. Las! elles ont été les premières à offrir leur contenu à l'oeil sur internet, hasardant une complémentarité et espérant l'occasion de retombées publicitaires.
Cette logique définitivement admise, certains titres se sont mis, après les avoir vilipendés, à investir et même à créer des gratuits.
Ce n'est pas le cas de "Libé" pour revenir à nos moutons. Sans arrière pensée. Quoique. Le quotidien de centre gauche fait peu à peu sa révolution éditoriale en même temps que capitalistique. La maquette s'aère et s'ouvre au formats "accessoires", sur le modèle des gratuits. Connaissez-vous le dévidoir à papier chiotte pour gnards? ça, ça intéresse "les gens", et n'oublies pas d'écrire la marque. Les sondages sont de la connerie en barre? demandons son avis à Mme Michu. Et bien sûr, si vous aimez le Sudoku...
"Libé" a eu récemment des initiatives originales, comme son talentueux et très actuel supplément "Ecrans", mort-né au profit d'un autre, "tendances", plus appêtissant pour les annonceurs. Connasses habillées par Truc ou Bidule vendues avec à la tonne.
C'est ça le truc, le nouveau "Libé" a autant de pages pub qu'un gratuit et il perd peu à peu de son supplément d'âme.
Comble du dégoûtant, le journal qui avait déjà diffusé une publicité stigmatisant la fraude à la ratp remplace aujourd'hui son portrait de dernière page par une lettre de Leclerc (le monsieur du supermarché) à Sarkozy, dans laquelle l'industriel demande son aide au Président la république afin de "tenir [ses] promesses".
Le jour où "Libé" titre en Une et en lettres géantes "Les Français veulent des médias IN-DE-PEN-DANTS!"
Ni dieu ni maître?
17:05 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Mathieu Sicard, chronique, revue de presse, Libération, Libé, nouveau, nouvelle formule
09 octobre 2007
Revue de presse :: Ne pas jeter sur la voie publique
C'est mardi soir, c'est revue de presse. Ce qui est un peu dommage car les hebdos sortent en fin de semaine. Pour réussir une revue de presse sans "Figaro madame", je me suis laissé aborder par un étudiant à casquette réduit à distribuer du papier gratuit et me suis ainsi plongé dans la lecture de "Direct soir".
Et "Direct soir", c'est comme un gratuit, mais avec des journaliste made in Bolloré - je n'en pense aucun mal j'en ai même été - qui titre en Une sur une actu chaude de chez chaude : les oeuvres choisies de Jean d'Ormesson. A l'intérieur, on apprend sur trois pages - dont deux de grandes photos toutes en couleurs - que le sémillant écrivain publie un recueil de ses oeuvres* de 1959 à nos jours, ce qui sent tout de même un peu le sapin pour un immortel. Regardez par exemple Christophe Lambert, également immortel, aucun attaché de presse n'a prévu la parution d'un recueil de ses oeuvres.
Et pourtant, c'est Jean d'O qui semble le mieux tenir la forme. Ne serait-ce déjà que pour s'être tapé certainement plusieurs heures durant, et avec le sourire, un journaliste de "Direct soir" - qui ne signe pas son papier - qui nous apprend principalement que papy doit carburer à quelque chose de louche pour être toujours guilleret, puisqu'il confie à l'anonyme attaché de presse d'investigation que Proust "est formidablement amusant". Là, je dis, c'est un coup à ce que Beigbeder se fasse parrainer pour l'Académie française.
Mais l'actu dans "Direct soir", ce n'est pas seulement la promo pour liquider les stocks de l'académicien**. Sur les deux pages suivantes, en plein scandale des délits d'initiés à EADS, le meilleur - et unique - quotidien gratuit du soir ose consacrer l'intégralité de sa rubrique "Economie" aux... Smarties, "des bonbons très malins". Six colonnes, autant de photos en couleur de dragées bariolées, une exergue digne d'un titre publicitaire des années 50, six encadrés dont un diagramme des catégories de chocolat et une interview de Patrice Chapon, maître chocolatier. Et il faut bien ça pour déballer tous les usages que l'on peut faire de ce concentré de diabète industriel. Du jeu Playstation où il faut tuer les chocolats moches jusqu'au gateau avec des Smarties dessus, en passant par la mode. Je vous jure que c'est vrai, ils ont déguisé une gamine de huit ans en demie-clocharde demie-pute maculée de Smarties de la tête aux pieds. La classe.
Mon petit doigt me dit qu'il y aura une belle page de publicité pour un produit Nestlé demain, dans "Direct soir".
Et puis en parlant de pub, on retrouve un peu plus loin dans le journal (j'ai lu jusqu'au bout!) une pleine page pour promouvoir le show télé qu'il ne fallait pas manquer ce soir, je veux bien sûr parler de "Politiquement parlant", présenté sur "Direct 8" par Valérie Trierweiler, dont vous connaissez peut-être mieux les petons, vus dans toute la presse people cet été, amoureusement baisés par un homme politique dont je ne peux dire le nom puisque ça coûte cher (15 000 euros pour "Choc" et "Closer", quand même). Appelons-le François Pays-Bas. Qu'il me soit permis de lui communiquer toute mon affection et mes meilleurs voeux pour sa vie sentimentale tant il a pu apparaître que son ex était chiante.
Enfin, sans transition, "Direct soir" nous livre en avant-dernière page, la recette de la tarte au poireau et au jambon et avertit les taureaux de faire "un effort pour bien comprendre".
Très, très bon début de mercredi à tous, et ami(e)s vierges, "restez circonspects".
---------------------------
* La vie ne suffit pas, Robert Laffont, octobre 2007.
** pour qui j'ai évidemment beaucoup d'estime, hein, ceci est une rubrique satirique.
23:55 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Mathieu Sicard, Revue de presse, Direct soir, Jean d'Ormesson, Direct 8, Bolloré, EADS
05 octobre 2007
Revue de presse :: Virez les vieux!
Je trouvais que le journal de wannabes pour lequel je bossais commençait à sentir fort l’ex trentenaire - avis partagé par mon red' chef adjoint - vous comprendrez donc mon enthousiasme lorsque je constate que des institutions comme le "Nouvel Obs" font preuve de franche volonté de rajeunissement. L’hebdo de Jean Daniel titre cette semaine sur Bernard-Henri Lévy en prof de gauchisme. A ce sujet, je me suis toujours demandé ce qui était passé par la tête de ce couple amoureux de jeunes parents qui se sont dit "tiens, mon amour, appelons cet enfant Bernard-Henri".
Mais le propos n’est pas là, c’est dans le "Paris Obs" qu’on peut apprécier le renouvellement éditorial du magazine puisque le supplément met en Une cette semaine "Les 50 bonnes maisons de retraites", avec un vieux en plein travaux manuels de décalquage de feuille sur papier vert acide. Ne vous méprenez pas, il ne s’agit pas de montrer que nos vieux sont formidables mais, cela ne fait aucun doute, de leur rappeler le juste endroit où ils devraient se trouver, plutôt que de s’accrocher aux postes que convoite depuis bien longtemps la relève post soixante-huitarde.
La jeune garde confinée au supplément est ainsi allée tester les maisons de retraites d’Ile-de-France, elle a enquêté sur leurs services, les a reniflées (je vous jure que c’est vrai), a décortiqué les menus des cantines… Tout cela pour conclure en une liste exhaustive qu’il y a des tas de maisons de retraites épatantes et surtout si commodes pour des êtres qui n’ont plus toute leur tête et qui commencent à avoir besoin d’aide pour rester propres.
Le message est clair, il y a des tas d’endroits ou abandonner son vieux sans avoir de scrupules.
Je serais Jean Daniel, j’aurais peur pour mes miches. D’autant que même le service politique de "l'Obs" fait dans le jeunisme : François Bazin et Matthieu Croissandeau exhortent la relève au Parti socialiste. Même François Reynaert fait sa (toujours brillante) chronique sur… les dessins animés.
Qu’il me soit permis de les saluer et de leur suggérer de trouver mon cv dans leurs boîtes mail.
Et puis mon mag titre ce mois-ci sur "Fuck les trentenaires". Finalement, Elodie, tu as raison, notre café, je viendrai le prendre avec toi, à la rédaction.
Depuis le temps qu'ils le disent, virer les vieux, les trentenaires sont en train de le faire.
Très, très bonne soirée, avec ou sans couche Confiance.
20:05 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Mathieu Sicard, revue de presse, Nouvel Observateur, Nouvel Obs, Technikart, Jean-Daniel, Bernard-Henri Lévy

